Quoique ...

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mercredi 17 janvier 2007

Les tribulations toscanes (suite)

Bonsoir !

En partant, j'ai briefé Doudou : "Est-tu bien sûr de savoir comment me sauver si je suis atteinte du syndrôme de Florence". Il m'a dit que oui, il était champion du bouche à bouche. Je fis mine d'être rassurée, n'étant pas sûre que le traitement soit le bon en un tel cas, mais, à choisir, c'est beaucoup mieux ça qu'un ragazzo aviné au Chianti avec une piquouze.

L'idée du syndrôme de Florence allait bien avec ma nature romantique (le premier qui rigole, je l'étouffe de macarons). Je me demandais si j'allais en être atteinte. Pour m'en prémunir, repas de sportif marathonien au menu : pasta, pasta et pasta. Je ne souhaitais quand même pas me retrouver chez le psychiatre de l'ambassade qui m'aurait rapatriée par avion sanitaire. D'autant que je ne suis pas sûre qu'ils acceptent que l'on voyage avec sa bouteille de Chianti dans ces circonstances ...

Pour en revenir à nos visites, je voulais voir la coupole du Duomo Santa Maria del Fiore ! Je souhaitais m'élever à la hauteur à laquelle Brunelleschi s'était élevé (au sens propre, pas aussi immodeste quand même ! Quoique ... peut-être espérais-je une illumination).

Au moment de payer l'entrée, Doudou se tord le cou sur un panneau et m'envoie un coup de coude dans les côtes. Mais j'étais déjà en lévitation coupolaire :
- t'a vu ?
- quoâââ ?
- ben l'écriteau !
- oùùùùù ?
- ben là, sur la caisse !
- c'est écrit quoâââ ?
- " la montée est interdite aux cardiaques "
- ben, ch'uis pas cardiaque ! Ouù est le problème ?
- non, c'est juste que ...

Mais j'étais déjà partie à l'assaut de l'escalier.
Arrivés sur un palier, nous nous sommes à peine arrêtés pour voir les outils de Brunelleschi ... nous aurions du !

Tout d'un coup, dans un escalier en colimaçon large de 60 cm (où l'on ne peut se croiser) : bouchon. Bouchon devant, bouchon derrière, pas de fenêtre. Rien ne bouge et je prends conscience à ce moment-là que Doudou m'a vaguement parlé d'un écriteau. Attente ... longue ? Je ne sais, mais je la trouve interminable. En bas, ils font pourtant monter les gens par vagues. Mais il faut croire que les vagues sont trop grosses ... nous avons rejoint celle de devant. Ce n'est pas le moment de faire un syndrôme de Florence ...

Et nous repartons, jusqu'au prochain arrêt, quatre marches plus haut ... je me souviens à ce moment avoir entendu Doudou parler de 490 marches ... c'est pas que je sois claustro mais je pourrais exactement là maintenant le devenir ...

Combien de temps ce sardinage glauque a-t-il duré ? Une éternité de mon point de vue !

Enfin, nous arrivons à la première (la plus basse !) galerie. Largeur : 40 cms, on doit presque avancer de biais, devait pas être gros le Brunelleschi. Sont tous là à faire bouchon pour regarder la coupole. Enfin, c'est à nous : on s'engage et j'ai l'excellente idée de regarder en bas. Aïe aïe aïe : en termes de Syndrôme, c'est le vertige qui me suffoque ... pi-toy-a-ble, je vous l'avais dit ! Tu parles d'un syndrôme romantique !
Et tandis que j'entends de cotonneux ooh, regarde là-haut, ooh, regarde là en bas, j'avance en m'accrochant et en me plaquant au mur parceque je me dis que la galerie peut lâcher - même si cela fait presque 600 ans qu'elle tient - et que le "Jour d'après" est un film cool  au regard de ce que j'imagine comme scénario catastrophe ...

vue_gal_d_en_bas_1
Vue de la coupole de la galerie d'en bas

Nous finissons par quitter cette fichue galerie et, je sais pertinemment bien à ce moment-là, qu'il y en a une autre plus haut. Nous revenons dans l'escalier avec un choix : plan cardiaque, à gauche on redescend, plan normal, à droite on monte. Je veux descendre ... mais je continue à monter (perspective du sauvetage par mon Doudou ou poussée par la honte ou la rage d'être si peu romantique ?).

Je ne me pose pas de questions, j'avance. C'est à peine si je fais semblant de comprendre, alors que je vois le cerclage en bois - dont l'inutilité pour le maintien de la structure est avéré - sur le côté qui me dit que je suis sur le mur d'appui de la coupole, alors qu'on se croise avec des gens qui redescendent (oui, là on circule à double sens pour la première fois et dans un espace encore plus restreint), que l'on marche tronc penché sur le côté pour ne pas s'assommer sur la structure externe ... que l'on est vraiment haut, sisi. Et quand l'escalier se rétrécit encore et se courbe, qu'une fille est assise au pied au bord de l'évanouissement, je monte toujours droit devant. Et crac, ça bouchonne, une voix hurle que des Japonais descendent, qu'il faut attendre. Pourquoi donc à ce moment, ai-je l'idée de regarder de plus près la forme de cet escalier ? Et de suffoquer :
- won nè sur la coupole ...
- assieds-toi sur l'escalier, ça ira mieux
- mais t'as vu combien on est là-dessus ? Tu sais ce qu'il y a en dessous ?
- ouais, un sacré trou ... une tonne en plus ou en moins, ça ne changera pas grand-chose, elle tient depuis près de 600 ans
Il n'empêche que mon instinct me fait me hisser sur la pointe des pieds, comme pour m'alléger. Je refuse de m'asseoir, de peur que mon séant ne passe à travers la coupole via la tête d'un saint ou d'un démon et que je sois précipitée dans le vide intercoupolique. Les pires scénarii défilent ...

Nous repartons, enfin. Je sens que je suis sur le point de réaliser l'exploit du siècle en arrivant au sommet. Il reste une dizaine de marches que je prends cependant soin de gravir en me faisant la plus légère possible, on ne sait jamais ... nous arrivons au sommet, et là, oh stupeur, une dame - assez rondouillette alors que sa journée de travail commence toujours par cette ascension - fait tant bien que mal la circulation. Elle dispose d'un Talkie-Walkie et d'une pièce grande comme un WC (mais sans le, comment fait-elle ?) avec un lit ... carrément sur le sommet de la coupole. Mon Dieu cette femme est une sainte !
Oui donc, elle fait la circulation, car il reste quelques marches, ou plutôt une échelle, pour atteindre l'extérieur, et tout ce peuple doit se croiser puisqu'on évacue la foule de là-haut pour faire monter la foule suivante d'en bas.
Nous voici donc sur le toit, à côté de la lanterne dont Brunelleschi voulait qu'elle soit encore plus lourde afin de stabiliser la coupole. Je vais de ce pas ajouter le mien (de poids) près de cette lanterne à laquelle je m'accrocherai avec la ferveur du désespoir durant tout notre stationnement là-haut. J'ai quand même tourné autour, sisi, en y restant accrochée, sisi ! C'est là que je me suis dit que je pouvais faire mon syndrôme car c'était le seul endroit où il était possible de venir me chercher par hélico, et, tout bien réfléchi, c'est juste ce que je vous écris, parceque partout ailleurs, je ne vois pas comment on peut évacuer un cardiaque ou un psy ... C'est là aussi que je me suis souvenue, plutôt que d'admirer la vue, qu'il me faudrait refaire le chemin en sens inverse avec les mêmes bouchons ... on souhaita immortaliser ma présence sur la pellicule (valait mieux parceque je ne suis pas prête de remonter) ... vous montrerai pas la photo sur laquelle j'ai un faciès tordu et les poings serrés, quelle décontraction !

vue_ville_2
En revoyant la photo, je me souviens qu'il s'est mis à pleuvoir ...

vue_lantern_3
La lanterne qui fait tenir la structure donc à laquelle je me suis accrochée ... Photo de moi ! faite d'un main ...

vue_campan_4
Vous les voyez les gens au sommet du campanile ? Des petits joueurs ! Nous sommes tellement plus haut !

La descente fut plus paisible jusqu'à l'arrivée sur la galerie la plus haute. Impossible d'y échapper, et elle n'est pas plus large que celle du bas, et ils sont tous à s'arrêter dessus comme celle du bas, et il est impossible de doubler, comme celle du bas. Doudou, pour me décontracter, me dit :
- combien de types ont du s'écraser en bas lors du chantier !?
- gloups
- y'a du en avoir des morts !
- °°° ça va, pas sourde °°°
- impressionnant quand même, non ?
- voui voui ...
Je lui suis reconnaissante de m'avoir épargné le descriptif de l'écrabouillage sur le marbre du choeur, quel Doudou délicat !

vue_gal_sup_5
Vue de la coupole de la galerie d'en haut

Cette descente fut certes longue, mais moins que la montée. Retrouver le plancher des vaches fut un délice. J'étais comme saoule. L'esprit embué j'en ai conclu qu'il vallait mieux être architecte aujourd'hui qu'hier à Florence. Je ne tiens absolument pas rigueur aux artisans de s'être rebellés car ils ne voulaient pas construire cette coupole, persuadés qu'elle risquait de s'écrouler à tout moment. Brunelleschi avait pourtant raison puisqu'elle est toujours là à suffoquer le monde, objectif pour laquelle elle fut construite ... objectif atteint s'il en est : prouesse technique et artistique, elle a ouvert une nouvelle aire ...

A suivre ...

PS : je n'ai pas été en mesure de photographier grand-chose : quand on est accroché au mur, on peut difficilement photographier. Un autre s'en est chargé à ma place ... grâce à lui, je vois pour la première fois ces fameuses fresques. Quant au syndrôme de Florence, je suis trop terre-à-terre pour en être atteinte, mais je surmonte ma déception au Chianti ;-)

Posté par Leelooo à 12:00 - Commentaires [12] - Permalien [#]
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Commentaires sur Les tribulations toscanes (suite)

    Etant totalement clostro et ayant une peur panique de la foule, je ne suis jamais montée... je crois que même si je le regrette souvent, j'ai bien fait.

    Posté par mamina, mercredi 17 janvier 2007 à 12:29 | | Répondre
  • 20 ans après, tu me fais revivre cette expérience cauchemardesque. Memes sensations, meme malaise: en te lisant c'est comme si j'y étais à nouveau! Et je me souviens avoir pensé: qui sait si, après nous elle ne s'effondrera pas, pleine de touristes... Et bien non, elle est encore-là, et je ne suis pas la seule à paniquer dans ce genre de situation !!!

    Posté par Chouquette, mercredi 17 janvier 2007 à 13:04 | | Répondre
  • Tu m'as fait rie. Ma pauvre!
    Je me souviens ete montee la-haut, mais j'avais 14 ans, meme pas peur.

    Posté par Gracianne, mercredi 17 janvier 2007 à 14:49 | | Répondre
  • mais qu'est-ce que tu m'as fait rire....jaune
    je vis le même enfer partout où je vais: sacré coeur, tour de crest, rome.....new york!!!! bref l'enfer mais la vue est tellement superbe
    la différence c'est que moi je sers les poings et je rale tout fort!!!

    Posté par kashyle, mercredi 17 janvier 2007 à 15:06 | | Répondre
  • Oh la la, que de souvenirs !
    Je suis folle d'Italie, et j'avais adoré la Toscane. Florence, bien sûr, son histoire si riche, son réservoir inépuisable d'oeuvres d'art. Mais c'est pour la campagne que j'avais eu un vrai coup de foudre. Faudra que j'y retourne, flâner entre les oliviers, et me régaler de leur délicieuse cuisine aussi, évidemment ^____^

    Posté par San, mercredi 17 janvier 2007 à 15:26 | | Répondre
  • moi j'ai tout le temps le vertige, donc hors de question de monter là-dessus !
    c'est amusant car moi aussi je me demande si je vais souffrir du syndrome de Stendhal (je crois que c'est quand même assez rare )

    Posté par Cathy, mercredi 17 janvier 2007 à 15:42 | | Répondre
  • Quel récit, je suis montée en haut de Saint-Pierre et ça m'a suffit !

    Posté par bergeou, mercredi 17 janvier 2007 à 16:08 | | Répondre
  • Très bien raconté, on s'y croirait!
    Moi j'y suis montée quand j'étais adolescente et inconsciente, j'ai pas eu peur... mais l'année dernière je suis montée sur la coupole de Saint Pierre à Rome, c'était horrible, et la tour penchée de Bologne n'était pas joyeuse non plus!

    Posté par jojo, mercredi 17 janvier 2007 à 17:21 | | Répondre
  • Quel recit! J'ai le vertige, alors tu vois, j'en ai encore la gorge serree, et la tete dans les epaules ratatinees!

    Posté par Vanessa (CM), jeudi 18 janvier 2007 à 04:56 | | Répondre
  • Je me souviens aussi comme j'aime cette ville et ce récit m'a donné envie d'y retourner, et même monter les marches.......... il ne faut pas trop que j'attende, je n'aurais plus assez de souffle!

    Posté par Sylvie Alizarine, vendredi 19 janvier 2007 à 01:35 | | Répondre
  • alors je vous avais fait une réponse à chacun, et canalblog me l'a envoyée au panier, bouhouhou !
    Merci à tous, il semble bien que je ne sois pas la seule à avoir du mal en ces circonstances. Bravo à ceux qui n'ont pas eu peur !!!

    Posté par Leelooo, dimanche 21 janvier 2007 à 14:45 | | Répondre
  • alors je vous avais fait une réponse à chacun, et canalblog me l'a envoyée au panier, bouhouhou !
    Merci à tous, il semble bien que je ne sois pas la seule à avoir du mal en ces circonstances. Bravo à ceux qui n'ont pas eu peur !!!

    Posté par Leelooo, dimanche 21 janvier 2007 à 14:45 | | Répondre
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