Quoique ...

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mercredi 3 mai 2006

Vertes verdures, vertes ombres & autres verts

Le pertinent commentaire d'Astrid laissé suite à la publication d'un précédent billet, soulevait plusieurs réflexions qu'il eut été dommage d'aborder sans images.

Revenons-y donc ici !

La fameuse Anne dont j'ai un peu parlé précédemment, ne voulait probablement que nous mettre en garde, nous scribouillards, de la traîtrise - dans le sens de sa difficulté à l'utiliser, bien que par ailleurs, elle soit souvent considérée comme la couleur des traîtres, j'ignore pourquoi - de cette couleur vert pur.

En effet, il faut une sacrée maîtrise pour l'appliquer dans une composition sans la rendre uniforme. En outre, le vert pur fut d'ailleurs le dernier des pigments maîtrisé, ce qui explique son utilisation parcimonieuse. Mais même si tel n'est plus le cas, son utilisation demande un savoir-faire peu répandu. Certains aquarellistes conseillent même de ne pas en avoir dans une palette alors qu'ils ne lésinent pas sur les outremer, bleu de Prusse, jaune de cadmium, voir toutes les terres (d'ombre et/ou de Sienne) naturelles ou brulées, qui peuvent servir à la création de nuances de verts.

Dans la préface du catalogue de l'exposition Van Dongen à la galerie Berheim-Jeune en 1908, les frères Leblond notent qu'il décompose les harmonies de la peau rosées où il découvre des acidités vertes,  des rouges, des jaunes, des lilas, des bleus [...] . Ce procédé est adapté à la représentation dans la peinture de l'époque d'une nouvelle lumière inédite : la lumière électrique. Ainsi, il double chromatiquement la silhouette (un liseré de lumière veloute les corps, il décompose cette lumière en deux bandes de couleurs complémentaires) comme si elle émettait un spectre lumineux telle une ampoule électrique. Le corps révèle ainsi la couleur autant que la toile elle-même par une association judicieuse de couleurs complémentaires non imitatives (le vert étant complémentaire à la couleur de la peau).

van_dongen_3

Il en va autrement en lumière naturelle. Ainsi le vert pur est à manier avec précaution pour représenter la verdure, surtout quand on possède un  niveau technique relatif et dès lors qu'il n'est pas appliqué en voisinage direct de sa couleur complémentaire ( ce qui  donne du contraste à toute la composition et qui compense le manque de nuance). Le problème du vert sorti du tube et appliqué tel quel est la difficulté à le nuancer ensuite, difficulté qui n'a pas lieu d'être dans l'art pictural non figuratif ( abstraction ou cubisme par ex) où le contraste prime sur la nuance.

Ceux qui l'utilisent sont des coloristes hors pair, arrivés à un degré de maîtrise de leur art au terme de nombreuses expérimentations et études chromatiques. Des artistes, tout simplement .

Posté par Leelooo à 19:00 - Le Pinceau - Commentaires [9] - Permalien [#]

jeudi 27 avril 2006

Le vert, c'est vulgaire !

Mes chers compatriotes,

Oups, mais qu'est-ce qui me prend, c'est pas pasquysontouspartisencampagne que ! Est-ce l'effet du vert ou le ton avec lequel Anne prononçait cette phrase quelque peu définitive, avec son accent de Titi, le claquement des talons de ses Free Lance en appui psychologique pour faire taire rires et quolibets ? Personnage haut en couleurs, Anne ferait une belle campagne électorale, et il y aurait de l'ambiance sous les lambris ... Dommage ... Quoique ...

Il n'empêche que depuis, j'ai eu le temps d'y réfléchir ... et figurez-vous qu'elle n'avait pas tout à fait tord ... ni tout à fait raison d'ailleurs ! De quoi parlait-elle ? Non pas de politique, mais de l'utilisation du vert pour représenter ... la verdure de nos espaces.

Anne n'avait pas tout à fait tord, car si on regarde, tiens au Royaume-Uni pour faire plaisir à Doriannn, Joseph Mallord William Turner, il n'utilisait pratiquement pas cette couleur pour peindre la verdure. Si on les observe, les forêts et la prairie ne sont jamais vertes, mais bleues, jaunes, violettes, marrons ou même garance ... comme les nuages de Vermeer ne sont jamais blancs ou gris ...

Anne n'avait pas tout à fait raison non plus, car l'utilisation du vert, même en aplat, ne tue pas tout le reste ... les fauves lui ont donné une nouvelle vie, une nouvelle fonction ... son utilisation raisonnée fait des merveilles chez  Van Dongen, entre autres ... sans que pourtant une ombre ne soit jamais tout à fait verte ...

Le meilleur roman ayant pour sujet l'art pictural que j'ai pu lire est sans conteste "la jeune fille à la perle". Et c'est la première fois que je vois un film issu d'un livre encore meilleur que l'ouvrage.

Dans le cadre du Bookcrossing, je voulais abandonner ce livre au milieu des Bonnard, Van Dongen, Matisse, Derain, Vuillard et autres ... mais ce musée regorgeait d'autant de chefs-d'oeuvre que de m'a-tu-vu. Et les m'as-tu-vu ne sont pas forcément des m'as-tu-lu ... j'avais peur que le livre ne finisse détruit par le GIGN, car abandonné dans un lieu pipolisationné ... non que le musée risqua de voler en fumée avec des huiles, mais les retombées eurent pu blesser quelques attablés mateurs prestigieux. C'eut été dommage pour le livre de Tracy Chevalier de finir ainsi ...

La Hollande au XVIIème c'était pas drôle, mais alors ... vraiment pas ! Bref, a priori, pas envie de lire un tel livre ou envie de voir un tel film sombre ... et pourtant : Vermeer peignait les variations de lumière comme personne, dans un contexte et une période aussi peu lumineuse, et, tant le roman, que le film, le font ressentir de façon extrêmement sensible. Cette histoire contée par ces deux média aiguise notre regard, nous fait voir couleurs et lumière avec les yeux de Vermeer ... et on comprend qu'il n'y a pas un vert, un jaune, un marron, un blanc ... purs, mais que la couleur est bien plus nuancée ...

Nuance ...

tracy_chevallier2

van_dongen_21
La reproduction n'est pas bonne : les émeraudes du collier et de la bague, les ombres qui font le modelé (surtout au niveau de la peau) sont d'un vert pur en réalité. Cliquez sur l'image pour aller au musée !

Si l'un d'entre vous veut le livre, je le lui envoie ! Ah quueeeee ...

Posté par Leelooo à 19:00 - Le Pinceau - Commentaires [13] - Permalien [#]



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